Vendredi, l’école était vide. Je l’ai remplie de ma motivation construite en deux mois.
Elle et moi avons pris un dernier souffle de tranquilité, avant le défilé multicolore des bambinos assoiffés de retrouvailles.
Un orgue de barbarie, dont j’ignore encore la provenance sonore, laissait derrière lui quelques notes comme des papillons, comme des enfants, sautillants et gais.
Demain, l’aube sera à moi, et pour 10 mois de réveils sursautés.
Demain, nous boirons du café en nous racontant nos vacances, comme Everland (pour savoir à quoi ressemble une rentrée, en vrai et en drôle, cliquez ici puis cliquez sur la vignette”Le journal d’un remplaçant”) .

Certains ont des maisons en carton,
d’autres des coquilles,
d’autres ont des corps,
et puis il y a ceux qui ont une maison en mousse.

Et cela ne signifie en aucun cas qu’elle n’est pas solide.

Je suis enthousiaste à l’idée de sortir de chez moi. Je passe du temps à me préparer : ce soir j’ai envie de ressembler à une actrice des années 50. Mes cheveux sont crantés, mes yeux sont bichés et mon pendentif à trésor tapote mon plexus.
Je salue quelques amis et remplace la présence des clubeurs par le punch, puis la délicieuse caïpirinha de M.
Plus tard, grâce à ce célèbre titre disco (cliquez là ), quelques personnes se déhanchent. Nous savons que ce morceau passe en boucle chez M. en ce moment, et qu’elle en est saoule.
- Elle est au bord du suicide musical, me dit-il naturellement.
Défile alors une brochette de trentenaires féminins, animée de demandes à l’égard du DJ, comme dans les boums du collège.
-Je suis sûr qu’elles veulent du Sean Paul…
(si vous n’avez pas peur du suicide musical, cliquez ici)
Il avait malheureusement raison. Et nous sommes loin du glamour dont j’avais envie en me pulvérisant avec Yvresse. La drague du dance-floor passe lourdement.
-Les princes charmants d’aujourd’hui ne sont pas ceux dont les demoiselles rêvent. Ils ont des crêtes de punks et repartent de chez toi au réveil avec ta télé!
-Rentrons!

Quel temps fait-il aujourd’hui?
Il grimpe dans mes chevilles.
Comment vas-tu aujourd’hui?
Il pleure sans cesse sur les toits.
Qu’as-tu fait aujourd’hui?
Il a clapoté des mots sur mon clavier.
Que retiens-tu de ta journée?
Il meut le souvenir.

Cette femme, tous les jours, comme une image.
Un pull à col roulé en laine noir, une jupe assemblée de divers tissus dans un camaieu de bruns, des bottes galbant ses mollets, tous les jours.
Cette femme marchait devant moi , montait l’escalator , longeait la palissade, piétinait les reflets sur les pavés vernis des enseignes des hotels de la gare, ouvrait le chemin à tous ces travailleurs matinaux.
Aucune expression ne marquait son visage, ses cheveux l’ornaient d’un brushing impeccable comme ces cadres de toiles renommées légèrement dorés. Sage.
Je l’ai accrochée dans le décor de mes réveils parfois difficiles, à côté des ombres chinoises de chez Ermine, avant de voir 120 km de paysages en mouvement, comme une image.

- d’après toi, c’est quoi un bon film de suspense?
- un bon film de suspense, c’est un film où même quand il y a juste un plan avec de la pluie qui tombe, ben tu flippes!

Hier soir, nous avons regardé “Ils“…
(la photo a été prise sur une plage de Porquerolles cet été)
J’avais pris l’habitude de voir arriver l’été et son lot de rituels : ménage, déménage, emménage…
Si mes calculs sont bons, ça m’est arrivé 8 fois en 10 ans.
La première fois, assise sur le sol au milieu de la pièce principale du nouveau logement, j’observais les piles de cartons étiquetés et me mis à penser que la vie est un carton. Une pensée bien synthétique après avoir rempli mon esprit des différentes tâches à accomplir pour arriver à ma nouvelle adresse.
La vie est un carton rempli d’objets fonctionnels, affectifs, administratifs, inutiles, décoratifs, invisibles, lourds…et la maison est en carton pirouette cacahuète.
Peut-être suis-je moi même ma maison, comme l’escargot, comme la poupée russe…
Aujourd’hui mon déménagement virtuel est nettement moins fatigant : les objets fonctionnels sont des interfaces, les affectifs sont des liens, les inutiles sont des spams, les décoratifs sont des thèmes, les invisibles sont des lignes de commande et les lourds des vidéos.
Je vous invite à ma crémaillère, et vous autorise à y fumer si vous le souhaitez!
La p’tite image vient de là.
